Reporter : Julien
Date : 16 Janvier 2004
Ville / Pays : Strasbourg / France
Salle : La Laiterie

"Il est vingt heures quarante. La foule gronde, la tension monte. Les musiciens montent sur scène, et Josh Freese exhale royalement de la fumée de cigarette – acte lourdement porteur de sens. Les festivités vont commencer."

"Pour gagner notre billet d’entrée dans ce nouvel univers, il nous a fallu parcourir près de deux cent kilomètres. Devin Townsend et Anathema ont illustré notre route, sous une pluie battante. Je prends une photo du ciel menaçant, tremble un peu. Inquiétude de mes acolytes. Ce n’est rien."

"Arrivée devant la salle, c’est la surprise. Pas de photos, pas de cigarettes, sous peine de se faire expulser manu militari. Ma première réaction est proche de la déception : le rock’n roll est-il mort ? Qu’est-ce qui nous attend dans le futur, des concerts de black metal assis et sans alcool ? Caprice de stars, exigence de la production, whatever."

"L’attente est longue, pas d‘apéritif, il faudra entamer d’aplomb le plat de résistance. On discute longuement, partageant notre passion extrême pour les émotions musicales. Que cela est bon."

"Il est vingt heures quarante. Un à un, les individualités prennent place. A ma gauche, Jeordie White, aka Marylin Manson’s Twiggy Ramirez, costard propret et fans hystériques. Un peu plus haut, James Iha, aka The Smashing Pumpkin’s guitar licks, dont le faciès inexpressif n’est pas sans rappeler Steven Seagall. Le set de Josh Freese est décalé sur la droite. Et Billy Howerdel, maître des lieux, lui aussi à droite. L’anneau est formé, écrin prêt à accueillir son joyau."

"And then starts the show. Vanishing. Maynard apparaît, derrière son cercle de drap blanc, pantin désarticulé qui bat la mesure."

"Il est vingt-deux heures. Les lumières se rallument. Mon guitariste met la main sur deux médiators signés, j’hérite du deuxième. Nous peinons à nous exprimer sur ce que nous venons de voir. Non, pas d’excitation pure, mais l’impression d’avoir vu quelque chose d’indicible. Ce cercle, formé par cinq musiciens, talentueux, imprévisibles, cinq fortes personnalités. Certains étaient venus pour l’un ou l’autre. Fans de Tool ou du Révérend. Ceux-là, qui se sont focalisés sur l’unique performance de leur chouchou, sont passés à côté."

"Thirteenth Step a pris tout son sens. Il est aujourd’hui plus cohérent à mes yeux qu’il ne l’était auparavant. Et à l’heure de la surmédiatisation, de l’exhibitionnisme à outrance, la distance ténue entre ce groupe et son public s’affirme comme une bouffée d’air frais. Le mystère, toujours plus intriguant. Nous n’avons pas vu le visage de Maynard, caché derrière son micro, derrière son micro, ses mains. Il n’en dégageait que plus de magnétisme."

"Tout cela pourrait passer pour du snobisme de bas étage, si ce n’étaient les petites fêlures apparues çà et là. Les fleurs posées aux pieds de James Iha par Maynard qui lui demande "de chanter sa chanson préférée". Ce dernier s’exécute sur du Backstreet Boys, sans se départir de sa placidité. La simple phrase politique sans excès d’anti-américanisme démagogique ("We just want to apologise for our president"). Le groupe qui s’amuse des groupies de l’un ou de l’autre de ses membres. Un groupe, oui, décidément. Un cercle, fermé certes, mais fascinant."

"Retour au bercail. Il est une heure trente. Je me lève dans cinq heures. Je trouve rapidement le sommeil, sans être sorti de ce nouvel univers. J’y suis pour un moment"

   
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