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"Il
est vingt heures quarante. La foule gronde, la tension monte.
Les musiciens montent sur scène, et Josh Freese exhale
royalement de la fumée de cigarette acte lourdement
porteur de sens. Les festivités vont commencer."
"Pour
gagner notre billet dentrée dans ce nouvel univers,
il nous a fallu parcourir près de deux cent kilomètres.
Devin Townsend et Anathema ont illustré notre route,
sous une pluie battante. Je prends une photo du ciel menaçant,
tremble un peu. Inquiétude de mes acolytes. Ce nest
rien."
"Arrivée
devant la salle, cest la surprise. Pas de photos, pas
de cigarettes, sous peine de se faire expulser manu militari.
Ma première réaction est proche de la déception
: le rockn roll est-il mort ? Quest-ce qui nous
attend dans le futur, des concerts de black metal assis et sans
alcool ? Caprice de stars, exigence de la production, whatever."
"Lattente
est longue, pas dapéritif, il faudra entamer daplomb
le plat de résistance. On discute longuement, partageant
notre passion extrême pour les émotions musicales.
Que cela est bon."
"Il
est vingt heures quarante. Un à un, les individualités
prennent place. A ma gauche, Jeordie White, aka Marylin Mansons
Twiggy Ramirez, costard propret et fans hystériques.
Un peu plus haut, James Iha, aka The Smashing Pumpkins
guitar licks, dont le faciès inexpressif nest pas
sans rappeler Steven Seagall. Le set de Josh Freese est décalé
sur la droite. Et Billy Howerdel, maître des lieux, lui
aussi à droite. Lanneau est formé, écrin
prêt à accueillir son joyau."
"And
then starts the show. Vanishing. Maynard apparaît, derrière
son cercle de drap blanc, pantin désarticulé qui
bat la mesure."
"Il
est vingt-deux heures. Les lumières se rallument. Mon
guitariste met la main sur deux médiators signés,
jhérite du deuxième. Nous peinons à
nous exprimer sur ce que nous venons de voir. Non, pas dexcitation
pure, mais limpression davoir vu quelque chose dindicible.
Ce cercle, formé par cinq musiciens, talentueux, imprévisibles,
cinq fortes personnalités. Certains étaient venus
pour lun ou lautre. Fans de Tool ou du Révérend.
Ceux-là, qui se sont focalisés sur lunique
performance de leur chouchou, sont passés à côté."
"Thirteenth
Step a pris tout son sens. Il est aujourdhui plus cohérent
à mes yeux quil ne létait auparavant.
Et à lheure de la surmédiatisation, de lexhibitionnisme
à outrance, la distance ténue entre ce groupe
et son public saffirme comme une bouffée dair
frais. Le mystère, toujours plus intriguant. Nous navons
pas vu le visage de Maynard, caché derrière son
micro, derrière son micro, ses mains. Il nen dégageait
que plus de magnétisme."
"Tout
cela pourrait passer pour du snobisme de bas étage, si
ce nétaient les petites fêlures apparues
çà et là. Les fleurs posées aux
pieds de James Iha par Maynard qui lui demande "de chanter
sa chanson préférée". Ce dernier sexécute
sur du Backstreet Boys, sans se départir de sa placidité.
La simple phrase politique sans excès danti-américanisme
démagogique ("We just want to apologise for our
president"). Le groupe qui samuse des groupies de
lun ou de lautre de ses membres. Un groupe, oui,
décidément. Un cercle, fermé certes, mais
fascinant."
"Retour
au bercail. Il est une heure trente. Je me lève dans
cinq heures. Je trouve rapidement le sommeil, sans être
sorti de ce nouvel univers. Jy suis pour un moment"
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